Les plus anciennes mentions d’un orgue dans les archives de la cathédrale d’Angers remontent à 1367 et 1369. Mais hormis les noms des facteurs chargés de son entretien, et de l’organiste, nous ignorons tout de cet instrument, son emplacement, ses dimensions...

En 1416, Jean Chabencel, “magister organorum”, construit un instrument entièrement neuf. Installé à Saumur, ce Jean Chabencel était le fils de Frédéric Schambantz, facteur d’orgues d’origine germanique qui avait francisé son nom en entrant au service du duc de Berry. Père et fils avaient notamment construit en 1403 un grand orgue neuf pour Notre-Dame de Paris. Comme à Paris, le nouvel orgue d’Angers est placé au dessus du porche principal. Incendié par la foudre le 7 juillet 1451, il est réinstallé sur une nouvelle tribune sur toute la largeur de la nef, et son buffet est muni de grands volets présentant au recto une Annonciation, et au verso des motifs fleurdelisés identiques à ceux qui ornent le mur et lui permettent de se confondre avec lui un fois ces volets refermés.

En 1507, la reine Anne de Bretagne offre un grand orgue entièrement neuf, dont le buffet Renaissance nous est connu par un célèbre dessin de René Lehoreau (début XVIIIe s.) avec deux grandes trompes de pédale, isolées et soutenues par des colonnes de pierre, offertes par Olivier Barrault, maire d’Angers. Ce magnifique buffet, sculpté par Jacques Colleau, est orné - charité bien ordonnée - de deux portraits sculptés d’Anne de Bretagne et du roi Louis XII. Le nouvel instrument, achevé en 1513, est dû au facteur tourangeau Ponthus Jousseline, père d’Antoine, l’auteur du célèbre orgue de St-Maclou de Rouen. En 1517, Béatis, secrétaire du Cardinal d’Aragon, visite la cathédrale d’Angers, et y voit « un orgue immense comme nous n’en avions jamais vu encore… Nous avons entendu jouer cet orgue, qui rend de très beaux sons et dont le gros tuyau, d’après ce que nous ont dit les chanoines, mesure 26 palmes… »

Suite à un incendie accidentel le 18 octobre 1533, cet orgue est aussitôt restauré par Pierre Bert, auteur de l’orgue de la cathédrale voisine du Mans. L’instrument compte à cette époque 29 jeux, dont 15 au Grand-Orgue et 7 à chacun des deux autres claviers. Un incendie dû à la foudre le 25 mai 1617 nécessite une nouvelle restauration, menée par Jacques Girardet, qui œuvre simultanément à la construction de l’orgue de la cathédrale de Nantes. Enfin, à l’issue d’une nouvelle campagne de travaux en 1701 par Marin Ingoult, l’orgue est porté à quatre claviers et 47 jeux : « Sortant de la dite église, se voit sur la grande porte d’icelle le meilleur clavier d’orgue de France. Il y a un jeu de voix humaine, un jeu de sonnettes, de cornets, et enfin 47 jeux d’orgues et plusieurs autres merveilles... »

Cet orgue est reconstruit de 1742 à 1748 par Jean Dangeville dans le grand buffet baroque actuel de Pierre Hamon et Pierre-Étienne Surugue :

Positif

 

 

Grand-Orgue

 

 

Récit

 

50 notes (c1-d1-d5)

 

 

50 notes (c1-d1-d5)

 

 

? notes

 

Bourdon

16’

 

Montre

32’

 

Bourdon

8’

Montre

8’

 

Montre

16’

 

Cornet

IV

Bourdon

8’

 

Bourdon

16’

 

Trompette

8’

Flûte

8’

 

Montre

8’

 

 

 

Prestant

4’

 

Bourdon

8’

 

Écho

 

Nazard

2’2/3

 

Flûte

8’

 

? notes

 

Doublette

2’

 

Gros Nazard

5’1/3

 

Cornet

V

Quarte de Nazard

2’

 

Prestant

4’

 

 

 

Tierce

1’3/5

 

Grosse Tierce

3’1/5

 

Pédale

 

Larigot

1’1/3

 

Nazard

2’2/3

 

34 notes (f0-d3)

 

Fourniture

IV

 

Doublette

2’

 

Flûte

12’

Cymbale

III

 

Quarte de Nazard

2’

 

Flûte

6’

Cornet

V

 

Tierce

1’3/5

 

Bombarde

16’

Cromorne

8’

 

Fourniture

V

 

Trompette

12’

Trompette

8’

 

Cymbale

V

 

Clairon

6’

Clairon

4’

 

Grand Cornet (16’)

V

 

 

 

 

 

 

Petit Cornet (8’)

V

 

 

 

 

 

 

Bombarde

16’

 

 

 

 

 

 

1e Trompette

8’

 

 

 

 

 

 

2e Trompette

8’

 

 

 

 

 

 

Clairon

4’

 

 

 


En 1773, « afin de porter l’instrument à sa perfection », Dangeville complète le ravalement de la Bombarde de pédale. L’orgue est sauvé pendant la Révolution grâce à la présence d’esprit de l’organiste Pierre-Joseph Collette qui jouera des hymnes patriotiques pour édifier le peuple républicain. En revanche, la destruction en 1807 du narthex de la façade, dont les combles abritaient la soufflerie de l’instrument depuis ses origines, lui porte un coup fatal et l’orgue s’engage dans une lente déchéance dont les interventions successives de Christian Nyssen, élève de Clicquot (de 1802 à 1812), de Louis Lair (1822), du facteur bordelais Henry (après un nouvel incendie le 4 août 1831) ou des frères Claude (façade neuve en 1838) ne parviendront pas à le relever.

En 1869, une restructuration complète est donc demandée à Aristide Cavaillé-Coll. Le devis prévoit le réemploi de 28 jeux du vénérable instrument d’Anne de Bretagne. Mais après quatre ans de retard dus à la guerre, à la Commune de Paris ainsi qu’aux travaux de restauration générale de la cathédrale, le facteur livre un orgue entièrement neuf, l’état de vétusté de l’instrument précédent n’en permettant aucun réemploi, à l’exception du buffet et des grands tuyaux de façade. L’orgue est réceptionné et inauguré par Alexandre Guilmant le 28 août 1873 :

Positif

 

 

Grand-Orgue

 

 

Récit expressif

 

54 notes (c1-f5)

 

 

54 notes (c1-f5)

 

 

54 notes (c1-f5)

 

Quintaton

16’

 

Montre

16’

 

Flûte traversière

8’

Montre

8’

 

Bourdon

16’

 

Quintaton

8’

Bourdon

8’

 

Montre

8’

 

Viole de Gambe

8’

Unda maris

8’

 

Flûte harmonique

8’

 

Voix céleste

8’

Prestant

4’

 

Bourdon

8’

 

Flûte octaviante

4’

Flûte douce

4’

 

Salicional

8’

 

Octavin

2’

Quinte

2’2/3

 

Grosse Quinte

5’1/3

 

Trompette

8’

Doublette

2’

 

Prestant

4’

 

Clairon

4’

Cornet

V

 

Octave

4’

 

Basson-Hautbois

8’

Cromorne

8’

 

Nazard

2’2/3

 

Voix humaine

8’

Trompette

8’

 

Doublette

2’

 

 

 

Clairon

4’

 

Plein-jeu

III-VI

 

Pédale

 

 

 

 

Grand Cornet (16’)

V

 

30 notes (c1-f3)

 

 

 

 

Bombarde

16’

 

Soubasse

32’

Orage

 

 

Trompette

8’

 

Contrebasse

16’

Tirasse GO

 

 

Clairon

4’

 

Flûte

8’

Tirasse Positif

 

 

 

 

 

Violoncelle

8’

Appel GO

 

 

Anches Pédale

 

 

Octave

4’

Octave grave GO

 

 

Anches GO (B-T-D)

 

 

Bombarde

16’

Positif / GO

 

 

Anches Récit

 

 

Trompette

8’

Récit / GO

 

 

Trémolo Récit

 

 

Clairon

4’


Relevé à deux reprises par Louis Debierre en 1907 et son successeur Georges Gloton en 1937 (qui installe la première soufflerie électrique et modifie deux jeux), endommagé lors des bombardements de la dernière guerre, l'instrument est agrandi et électrifié de 1957 à 1959 par Beuchet-Debierre, qui conserve scrupuleusement les sonorités de Cavaillé-Coll. Inauguré par Marcel Dupré le 8 novembre 1959, l'orgue compte désormais 65 jeux. Il a été pourvu en 2008 d’un combinateur informatique par Denis Lacorre.